Au début du XIème siècle (1002), le comte de Carcassonne , Roger le Vieux, partage ses domaines entre ses trois fils.
Bernard, le plus jeune, reçoit des possessions sises à Carcassonne et dans les environs, amis aussi des terres entre la Garonne et l'Hers, dont les noms persistent encore dans la géographie du pays. Ces domaines se situaient ainsi :
- Le Volvestre, à droite de la Garonne avec, au Sud, le bourg de Camarade
- L'Agarnaguès, entre l'Hers et l'Ariège, où se trouve le bois de Boulbonne
- Le Podaguès, entre l'Arize et l'Ariège
- Le pays et le Château de Foix
Peu à peu, les comtes de Foix ont agrandi ce modeste territoire en établissant des actes d'accord avec les membres de leur famille, parents directs ou alliés. Alliant la diplomatie à la guerre, ils ont conservé dans les différends entre les divers souverains du Midi, tant en deçà qu'au delà des Pyrénées, une certaine neutralité. Elle leur a valu de cimenter avec eux des alliances qui agrandissent leurs états.
De fidèles vassaux ont partagé les actes les plus notables de la vie féodale, apportant conseil et aide à leur seigneur.
Des monastères se sont édifiés un peu partout en Languedoc au temps de Charlemagne. Dix-neuf d'entre eux sont répertoriés en 817, au temps de Louis le Débonnaire. Celui du Mas d'Azil fait partie de cette liste (1).
En 1780, le comté de Foix, où on parle le languedocien, sera réuni au Couserans, de langue gascogne, pour former l'actuel département de l'Ariège.
Il n'y a pas d'unité géographique dans ce département qui s'inscrit dans un triangle isocèle dont l'extrémité-nord se situe aux environs de Toulouse et dont la base s'appuie sur la chaîne pyrénéenne. Le massif du Plantaurel le traverse en son centre, d' Ouest en Est. Il s'élève à 600 mètres près des rives de la Garonne et se termine à Lavelanet. Cette masse calcaire fait le partage entre le Bas comté, au Nord, pays de plaines relevant du Toulousain, et le Haut comté formé de trois massifs montagneux ou Petites Pyrénées : le massif de l'Arize, le massif des Trois Seigneurs et celui de Tabe.
Vassal du comte de Toulouse pour la région du Bas comté, le comte de Fois se déclare maître et seigneur du Haut comté.

C'est dans la région comprise au Nord-Ouest, entre les rivières de l'Arize et de l'Ariège, dans l'ancien Podaguès, que se dressent les ruines imposantes du château de Durban. Bâti à 485 mètres sur un des pitons calcaires du Plantaurel, il surplombe en ce lieu, un étroit défilé qu'à creusé la rivière de l'Arize. Face au château, se dressent les falaises du cirque de Malarnaud où fut découvert, au siècle dernier, le premier reste néandertalien de la France : une mandibule humaine trouvée vers 1888 et que conserve le musée de l'Homme à Paris (2).
Poursuivant sa course, l'Arize a ouvert dans le roc, à quelque kilomètres plus loin, une immense voute qui résonne de ses flots, où s'ouvre la grotte du Mas d'Azil, haut lieu de la Préhistoire.
Au temps de Charlemagne, les moines bénédictins érigèrent au Mas d'Azil un monastère dont l'église était consacrée à Saint-Étienne. Dès l'an 807, un abbé le dirige ; il fut détruit de fond en comble au XVIème siècle, au cours des guerres de religions. Les possessions du monastère s'étendaient alentour jusqu'à Durban (3).
audébut de l'an mil, deux frères, Guillaume Aton et Arnaud Tardiu, ont construit le château de Durban à vocation militaire et protectrice comme l'ont été beaucoup d'autres châteaux forts du pays de Foix. Cette forteresse était située dans un alleu de l'abbaye du Mas d'Azil.
Selon la description d'un historien du siècle dernier, en 1884, le château avait encore belle allure : "Trois enceintes successives s'étagent sur les ressauts du rocher et, dans un parallélogramme allongé de l'Est à l'Ouest, comprennent l'ensemble des constructions. Dans la première enceinte on rencontre encore une chapelle romane, à ciel ouvert, plus grande que les chapelles ordinaires des châteaux. Elle servait d'église paroissiale aux habitants du village assis plus bas sur les rives de l'Arize. Elle était à l'origine, une chapelle de pèlerinage dédiée à Saint-Barthélémy (qui protégeait de la grêle). Mais une chapelle ouverte dans l'intérieur du château, à l'extrémité d'une galerie, était réservée aux châtelains.
Après la seconde muraille, vient une vaste cour entourée par les logements des gens d'armes et les services. A l'angle sud-est, la citerne cimentée a conservé sa voute percée d'un oeil au milieu pour puiser l'eau. Elle devint une prison au XVIème siècle...
Le donjon carré, plus grand que les donjons ordinaires du pays, s'élève au point culminant, à l'extrémité occidentale et se reliait au logis. Il est entouré d'une chemise. Les constructions en blocage ont été reprises presque entièrement au XVIème siècle, on éleva au sud-est un robuste bastion avec des meurtrières pour les armes à feu..." (4).
Du fait de l'appartenance du château et des terres à l'abbaye du Mas d'Azil, les seigneurs de Durban devaient en rendre hommage à l'abbé. A cette période lointaine du XIème siècle, les chevaliers souvent batailleurs, se permettent des exactions à l'égard des religieux et durent, au cours du temps, faire acte d'allégeance. Un certain nombre d'actes établis entre l'abbaye Saint-Étienne et les seigneurs de Durban, entre ces derniers et les comtes de Foix, sont conservés dans divers fonds d'archives : Bibliothèque Nationale et Archives Nationales, à Paris, Archives départementales de l'Ariège, ect... Ces documents permettent de retracer l'histoire de la famille seigneuriale de Durban qui se distingue au cours des siècles et fut l'une des plus célèbres du comté de Foix.
Toutefois, il reste aléatoire, dans l'état actuel de la documentation, d'établir, de façon certaine, une filiation entre les divers membres de la lignée des Durban, malgré la pérennité des prénoms.
L'un des premiers actes, qui fait mention de cette famille, date de 1067 : Bernard de Durban y reconnaît les dommages qu'ont fait subir à l'abbaye du Mas d'Azil son père, Guillaume Aton, et son oncle, Arnaud Tardiu, bâtisseurs du château. Avec son épouse , Guillemette, et ses quatre fils : Bertrand, Roger, Guillaume et Bernard Aton, il rend hommage de la forteresse et des terres à l'abbé du Mas (5). Cet hommage sera renouveléau cours du XI siècle par ces premiers seigneurs et par leur successeurs. Ils l'accompagnent de restitutions et de libéralités que les moines bénédictins consignent dans leur cartumaire (6).
au siècle suivant s'illustre Raimond de Durban. Né probablement au château dont il porte le nom, il abandonne la carrière des armes et devient, vers 1095, chanoine à l'abbaye de Frédélas, à Pamiers (7).
en 1111, il est cité dans une charte comme étant "fils de cette abbaye" (8). Peu après, il est nommé prieur ou prévôt de Saint-Sernin, à Toulouse, où il demeure trois ou quatre ans (9). Sa piété, sa personnalité et ses qualités d'orateur le désignent à l'épiscopat de Barbastre, en Aragon. Cette ville venait d'être enlevée aux Sarrasins par Pierre, roi d'Aragon. Le siège épiscopal était vacant : Les chanoines de l'église de Roda, unie à celle de Barbastre, le peuple et Alphonse I, roi d'Aragon (qui venait de succéder à son frère Pierre), le supplièrent d'accepter cette haute fonction (10).
Raimond de Durban rencontra de sérieuses difficultés de la part de l'évêque d'Urgel qui prétendait que Barbastre dépendait de son diocèse et voulut sen saisir par les armes. Raimond usa de diplomatie, fit appel au pape Pascal II qui prit sa défense.
Au retour d'une expédition contre les Maures, aux côtés du roi, il tomba malade et mourut à Huesca, le 21 juin 1126, au milieu de ses chanoines venus à sa rencontre. Sa dépouille fut transférée dans son église et de nombreux miracles se produisirent sur son tombeau. Le pape Honoré II le canonisa (11).
au cours de son épiscopat, il revient plusieurs fois dans les terres fuxéennes : il assiste au transfert des reliques de Saint-Volusien, de l'église Saint-Nazaire à celle de Notre-Dame de Montgausy près de Foix (12). Venu en 1119 pour assister au concile de Toulouse (13), en février, il consacre l'église du château de Rutilans, aux environs de Lézat, en présence de Pierre de Durban, l'un des principaux chevaliers de ce château (14) ; et, en juillet de la même année, il consacre un autel de l'église Saint-Sernin, à Toulouse (15).
A partir du XIIème siècle, le nom des seigneurs de Durban est lié à celui des comtes de Foix. Ceux-ci font appel à eux pour être les témoins d'actes privés et publics. Des dons accordés par le comte de Foix à l'abbaye de Lézat sont corroborés par Bernard de Durban, en 1105 (16).
en mars 1122 apparaît Pierre de Durban : il est le témoin de la charte accordée par le comte Roger II à cette même abbaye. L'acte est signé au château de Saverdun, nouvellement construit (17).
Le 27 octobre 1136, ce même comte offre aux chevaliers de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem le lieu-dit de la Nogarède pour y fonder la commanderie de la Ville-Dieu. Roger de Durban est l'un des signataires de cette donation (18).
en mars 1163, Aton de Durban assiste au pacte conclu entre le comte Roger-Bernard et l'abbé de Saint-Antonin de Pamiers, selon lequel ils se partagent les droits sur la ville (19). Lorsqu'il mourra , en septembre 1196, un casal (ou ferme) dit dels Clotz, avec ses habitants, est offert à l'abbaye de Lézat pour le prix de sa sépulture (20).
Ces restitutions et ces dons aux fondations religieuses sont courantes au moyen-âge. Elles dénotent la préoccupation spirituelle des hommes du temps, quelle que soit leur origine sociale. Le devenir de l'âme après la mort est une énigme qu'ils ne peuvent percer et l'enseignement des prêtres ne répond pas aux questions qu'ils se posent. Pourtant, au sein des grands monastères s'élaborent de grands mouvement de pensée qui apporteront la Paix de Dieu au monde belliqueux des chevaliers.
Depuis quelques décennies, les hérésies se développent dans le royaume de France et Raimond de Durban, évêque de Barbastre, avait contribué, en 1119, aux travaux du concile de Toulouse qui condamnait leurs adeptes.
Parmi celle-ci, le catharisme, hérésie dualiste, est la plus virulente. Elle est signalée de façon certaine, dès le début du XIIème siècle, à Constantinople, dans les Balkans et dans ce que sont aujourd'hui l'Allemagne, la France du Sud et l'Italie.
Selon le schéma général, le catharisme affirme qu'il existe deux mondes et deux Dieux en éternelle opposition.
Dans le monde spirituel, oeuvre du Dieu bon, évolue un nombre déterminé d'êtres, créations de ce même Dieu. Ceux-ci sont formés de trois "parties" : l'âme, l'esprit et le corps ou tunique.
Le Dieu mauvais, de son côté, a créé et façonné des corps matériels dont il a peuplé la Terre. Mais n'ayant pas le pouvoir de donner la vie aux corps des hommes, il a ravi au monde du Dieu bon, par la force ou par la ruse, la "tierce partie" de ses créatures, c'est à dire les âmes. Puis, il a insufflé celles-ci dans ces corps inanimés. L'homme, ainsi achevé, est composé d'un corp matériel de nature diabolique, soumis aux tentations terrestres et d'une âme qui pleure le monde du Dieu bon.
Pour que l'âme puisse retrouver son corp spirituel - la tunique - et l'esprit, abandonnés, inertes, dans le monde du Dieu bon, l'homme doit accéder à la secte cathare. Le ministre de la secte ou Parfait libère l'âme lors d'un cérémonial particulier ou consolamentum (21).
Les Cathares fondent leur enseignement sur tout ou partie de la Bible qu'ils interprètent à leur manière et, pour le rendre accessible à leur auditoire, ils puisent leurs exemples dans la vie quotidienne des hommes de leur temps.
Les Parfaits gagnent leur entourage par l'exemple qu'ils donnent : ils mènent une vie ascétique et leur morale est sévère. Ils n'hésitent pas à partager les travaux des champs, sont eux-mêmes artisans, et parcourent le pays sans autre bagage que leur enseignement et leur foi particulière.
A la fin du siècle, une lettre du comte de Toulouse, Raymond V, adressée au chapitre de Citeaux, réuni les 13 et 14 septembre 1177, va plonger le Languedoc, par les conséquences qu'elle entraînera, dans un désastre que n'avait pas imaginé, ni souhaité son auteur.
Le comte de Toulouse décrit son impuissance devant les progrès de l'hérésie qui touche ses vassaux et s'abat sur ces terres : le clergé abandonne son ministère pour embrasser l'hérésie ; faute de desservants, les églises tombent en ruines ; les fidèles refusent tous les sacrements et, le pire, croient à deux principes (22). Raymond V suggère de solliciter l'aide du roi de France. Celui-ci fut peu enclin à porter les armes chez ses vassaux.
Peu à peu, le projet de croisade en Terre Sainte est détourné au profit de l'idée d'une croisade contre les hérétiques. En 1208, le meurtre du légat apostolique, Pierre de Castelnau, par les gens du comte de Toulouse , devient l'occasion décisive de la levée des armes. En faisant appel à l'Église et au roi de France, la maison de Toulouse a signé sa perte.
Un an plus tard, les places-fortes languedociennes tombent aux mains des Croisés conduits par Simon de Montfort et les seigneurs doivent se soumettre. L'accalmie fut passagère : sous l'influence du roi Aragon qui n'a jamais accepté l'hommage de Simon de Montfort pour les châteaux du Carcassès, les seigneurs de la Province secouent le joug de ce capitaine d'Ile-de-France. La guerre reprend.
Lorsque le comte de Foix, Raymond-Roger, apporte le concours de ses armes au comte de Toulouse contre l'armée des Croisés, en 1217, à la bataille de Montoulieu, aux portes de Toulouse, un seigneur, Pierre de Durban, combat aux côtés de son suzerain et porte sa bannière.
"Le comte Roger-Bernard (fils du précédent) est venu au milieu de la mêlée avec toute sa compagnie qu'il mène et conduit ; sa présence raffermit les courages, aussitôt qu'il est reconnu. Messire Pierre de Durban, le seigneur de Montégut, lui portait son enseigne, dont la vue les a ranimés"(23). Ainsi s'exprime Guillaume de Tudèle, troubadour contemporain de la Croisade, immortalisant dans son poème guerrier la noble figure du seigneur de Durban.
Toutes les régions de langue d'oc comptaient alors des troubadours, réunis en Cour d'Amour, autour des Dames de la Chevalerie. Pierre de Durban s'adonnait à la poésie, mais il ne reste de lui qu'un sirventès adressé au poète Pierre de Gavaret (24).
Comme d'autres seigneurs de son temps, Pierre de Durban fut séduit par le Catharisme. Lorsqu'il tombe malade, le diacre hérétique, Raimond Agullier, et ses compagnons assistent le mourant et lui accordent le consolamentum. Plusieurs chevaliers de haut lignage sont présents à la cérémonie. On y voit Raimond de Péreille, seigneur du Pays d'olmes et de Montségur ; les deux fils de Pierre de Durban : R. de Léran qui, par la suite, fut Parfait cathare, et son frère, Pierre Sicre. La présence d'autres chevaliers, dont l'appartenance ou la sympathie à la doctrine cathare est manifeste, prouve le respect et l'honneur portés au seigneur Pierre de Durban (25).
Il ne fut pas le seul, dans cette famille, à soutenir cette nouvelle doctrine. En 1227, Bertrand de Durban, frère de l'abbé de Foix, Guillaume Aton (qui perpétue le prénom de ces ancêtres), meurt à Pamiers dan un sous-sol désaffecté, où les Parfaits le "consolent". Ils avaient été conduits là, pour cette "hérétication" par Ponce-Roger, frère bâtard de Pierre-Roger de Mirepoix (26).
Il n'est pas rare, à cette époque, de trouver, dans la même famille, des représentants de l'Église romaine et des adeptes du Catharisme.
Le nom des dames de la maison de Durban est rarement cité. Les archives de l'Inquisition nous ont laissé celui d'Agnès de Durban, soeur de l'abbé de Foix et de Bertrand de Durban, nommés ci-dessus. Elle avait épousé Ponce-Arnaud de Châteauverdun. En 1224, elle écoutait les sermons des Parfaits chez les seigneurs de Saverdun (27) et ne cachait pas sa sympathie à leur égard. Que de fois l'a-t-on entendue vanter leurs mérites et déclarer qu'il n'y avait de salut qu'en leur enseignement ? (28)
comme sa belle-soeur, Sereine de Châteauverdun, elle fut interrogée par les inquisiteurs et avait juré de poursuivre les hérétiques, mais elle est retombée dans l'hérésie.
Toutes deux s'enfuirent et sont arrêtées, peu après, à Toulouse, dans une auberge où elles sont découvertes. L'hôtesse leur avait confié le soin de tuer et d'apprêter des poulets pour le repas. Cet acte était contraire aux enseignements du catharisme qui interdit de tuer un être vivant. Aussi déclinent-elles l'invitation et se trahissent. Conduites devant le tribunal de l'Inquisition, elles sont jugées à nouveau et condamnées au bûcher comme relapses. Comme elles s'étaient fardées pour paraître étrangères, elles demandent, avant de mourir, à laver leur visage, "ne pouvant aller à Dieu ainsi peintes" (29).
La paix de Meaux, en 1229, met fin à la Croisade. Le comte de Toulouse et ses vassaux se soumettent au roi, leur suzerain. Ce traité les contraint à un certain nombre d'obligations, comme celle de poursuivre les hérétiques sur leurs terres sous peine de prendre leurs domaines ; beaucoup de leurs châteaux sont démembrés.
Pour éviter au comte de Toulouse l'humiliation et la défaite, le roi de France propose l'union de leurs deux maisons par le mariage de son frère, Alphonse de Poitiers, avec Jeanne, seule héritière du comte. Si le couple meurt sans enfants, le comté de Toulouse reviendra dans le domaine royal.
En 1233, l'Inquisition était créée et confiée à l'ordre des Frères prêcheurs pour extirper l'hérésie et maintenir la foi de l'Église romaine.
Une poignée de seigneurs "faidits", dépossédés de leur terres, refusent de se soumettre et trouvent refuge au château de Montségur, en pays d'Olmes.
Dès 1204, les Parfaits avaient demandé à Raimond de Péreille, seigneur de la région, de reconstruire la place pour en faire le centre de ralliement de leur Eglise.
Après la Croisade, la forteresse devient un foyer de résistance Pierre-Roger de Mirepoix, gendre de Raimond de Péreille, y crée une garnison. En 1242, il conduit une petite troupe à Avignonet, en Laugarais, pour mettre un terme aux poursuites exercées par les inquisiteurs qu'ils massacrent.
Ce meurtre perpétré, la réplique ne se fait pas attendre : Montségur, nid d'hérétiques, est assiégé. La garnison combat plusieurs mois, avec acharnement. La ruse vient à bout de citadelle réputée imprenable. Les Parfaits et tous ceux qui refusent de renier la foi cathares meurent sur les bûchers.
Dès lors, l'Italie deviendra terre d'asile pour les ministres de la secte et les croyants en fuite.
En 1272, Alphonse de Poitiers et son épouse , Jeanne, meurent presque en même temps, sans héritiers. Le comté de Toulouse tombe dans la main du roi.
Le comte de Foix refuse de remettre ses terres du Haut comté. Philippe le Hardi s'avance sur ses terres, jusqu'au pied du château de Foix. Le roi d'Aragon s'entremet pour mettre un terme à la superbe du comte qui fait sa soumission et est conduit, prisonnier, à Carcassonne.
Avant son départ, le comte avait nommé gouverneur du château de Foix, Pierre de Durban, héritier du compagnon d'armes du comte Raymond-Roger. Sur l'ordre du comte Roger-Bernard III, Pierre de Durban remet les clés du château au représentant du roi d'Aragon, Gaufrid de Roquebertin, en 1272 (30).
De leur côté, les seigneurs de Durban, tout en conservant le titre de la maison dont ils étaient issus, s'étaient alliés, par mariage, à d'autres familles seigneuriales du comté de Foix. Ils devinrent seigneurs d'autres lieux, mais n'en continuèrent pas moins à compter au nombre des plus importants lignages du pays.
Bernard de Durban, fils de Pierre de Durban, gouverneur du château de Foix, épouse, le 6 mars 1279, Aladaycis, sur de Raimond de Canté et de Jourdain de Péreille (31). ils sont les descendants Raimond de Péreille, seigneur du pays d'Olmes qui, après reddition du château de Montségur, en 1244, s'exila dans la seigneurie de Canté, proche de Saverdun.
Lorsque Aladaycis, veuve de Bernard de Durban, co-seigneur de Montégut, s'éteignit, le 11 septembre 1318, ses exécuteurs testamentaires furent le chevalier Raimond de Canté, Pierre de Lordat, moine à l'abbaye de La Grasse, Pierre de Mirepoix "de la famille de Canté", Bertrand de Péreille, précepteur de la maison de Gabre, commanderie de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, et frère d'Aladaycis, enfin, Bertrand de Durban, prieur de Montaut et neveu de cette dernière (32).
Dans cette énumération, il faut remarquer la pérennité des prénoms que l'Histoire nous a conservés. Pierre de Mirepoix, nommé ci-dessus, était un descendant de Pierre-Roger de Mirepoix, capitaine de la citadelle de Montségur.
Malgré les vicissitudes du temps, la famille de Durban porte témoignage de "mérite, honneur et partage", ces principes chevaleresques du moyen-âge.
La Croisade a entraîné de profondes transformations dans le Languedoc. La coutume de Paris ne put s'appliquer à la lettre dans les pays de langue d'oc régis de tout temps par le droit romain (droit écrit).
Dans les universités, la connaissance d'auteurs grecs et arabes, celle des philosophies antiques, de la médecine, du droit de l'astronomie, ouvrait de nouvelles voies dans un monde en perpétuelle transformation.
Les comtes de Foix avaient, depuis longtemps, pratiqué une brèche dans le monde féodal en octroyant à leurs sujets des coutumes plus souples qui facilitaient le brassage des peuples et des idées. Leur tolérance, à cet égard, leur valut la suspicion de l'Inquisition, ce qui les conduisit à se justifier d'accusations inopportunes (33).
Mais, si la féodalité s'effaçait au profit des consulats, les comtes ne manquaient jamais une occasion de rappeler leurs droits immémoriaux de haute justice sur leurs terres.
Le 7 mars 1300, Roger-Bernard, ayant appris que trois habitants du Sabartès avaient été arrêtés par les consuls de Tarascon-sur-Ariège pour avoir fabriqué de la fausse monnaie, il vint de Béarn à Pamiers pour les interroger lui-même. Il s'enquit de savoir s'ils n'avaient pas de complices, nobles ou non. Les damoiseaux, Raimond et Bernard de Durban, assistent aux débats en présence du notaire royal. L'affaire n'était pas terminée en 1306 (34).
L'année précédente, le comte Roger-Bernard se trouvait à Senlis pour conclure, à la cour du roi et en présence de celui-ci, le mariage de son fils, Gaston Ier, avec Jeanne d' Artois (35).
De retour au pays, il meurt à Tarascon, le 3 mars 1302, et fut inhumé à l'abbaye de Boulbonne, comme ses prédécesseurs (36).
Le testament qu'il avait établi auparavant, le 22 novembre 1299, instituait son fils, Gaston Ier, héritier du comté de Foix, de possessions dans le Carcassès, des vicomtés de Béarn et de Castelbon. Ayant doté ses filles, il laissait à Marguerite de Moncade, son épouse, l'administration de ses domaines pendant la minorité de leur fils. Le damoiseau, Bernard de Durban, avait été nommé l'un de ses exécuteurs testamentaires (37).
Gaston Ier, comme son père, fit valoir ses prérogatives de seigneur justicier, en matière civile et criminelle, sur ses terres, dans une affaire de port d'armes jugée par le lieutenant du juge-mage de Carcassonne, représentant du roi. Il dépêche son procureur dans cette ville pour lui rappeler ses droits et un Pierre de Durban, archidiacre de Vovestre, fut l'un des témoins de cette requête, le 14 octobre 1306 (38).
Après le décès de ce comte, le 13 décembre 1315, à l'âge de vingt-sept ans, Jeanne d'Artois, son épouse négligea de faire publier le testament de son époux qui la nommait tutrice de ses enfants (39).
Le XIVème siècle fut assombri, dans la maison de Foix par les querelles qui s'élevèrent entre la comtesse douairière et sa belle-fille, Jeanne d'Artois, dont le caractère peu amène et la frivolité étaient affligeants. Elles se disputaient la tutelle des jeunes enfants.
Les chevaliers, damoiseaux et consuls des villes se demandèrent si le comte défunt n'avait pas ajouté un codicille à son testament, instituant des tuteurs pour ses enfants. En attendant, ils élirent quelques vassaux du comte à cet effet, en 1316 (40).
Cette année-là, le jeune Gaston Ier, reçut l'hommage de certains lieux et en particulier, celui de Roger-Isarn, seigneur de Durban, qu'il institue tuteur de l'héritière de Bernard de Durban, CO-seigneur de Montégut (41).
La possession du château de Durban fait alors l'objet de controverses entre le damoiseau Fortanier de Durban et Loup de Foix, de la descendance bâtarde des comtes. Elles entraînent des querelles armées et des rapines des deux côtés. Le sénéchal de Toulouse servit de médiateur et fit établir une paix à l'amiable entre les parties, en 1326 (42).
Le jeune Gaston II, héritier du précédent comte, se rendit célèbre par ses exploits militaires tant auprès du roi de France que celui d' Aragon, contre les Maures. Il mourut à Séville en septembre 1343.
Depuis 1337, le royaume de France était engagé dans la Guerre de Cent ans. Gaston III, dit Phoebus, grâce à son habile politique, évita que la ruine atteignit le comté de Foix.
Il fut, des seigneurs de la maison de Foix, le plus prestigieux : ses vertus chevaleresques font de lui un grand prince de la Renaissance.
Grand veneur, les forêts et les bois résonnent encore de ses chasses et de ses chants. Il a laissé un Livre de la Chasse, orné de somptueuses miniatures, qui est un des joyeux de la Bibliothèque Nationale (43). La description qu'il donne de la morphologie des animaux a servi de modèle à l'étude de la faune préhistorique (44).
A son blason est inscrite la fière devise qui illustre bien le courage, la ténacité et le souci de liberté de son peuple :
"Tocos y se gausos"
"Touches-y si tu l'oses"
Sous sa bannière de Foix, à trois pals de gueule sur quatre d'or, il porte son aide au roi de France pour bouter les Anglais hors du royaume. Il réunit une armée à Mont-de-Marsan, le 8 septembre 1339. Parmi ses officiers se trouve Fortanier de Durban, seigneur banneret de Montégut, sur son palefroi (45).
Fortanier de Durban rend hommage de ses terres à son suzerain quelques années plus tard (46).
Son parent, Roger-Isarn, est cosignataire de la paix qui termine la guerre entre Foix et Armagnac, en 1363 (47).
QUINZIÈME SIÈCLE - DIX - HUITIÈME SIÈCLE
A partir du XVème siècle, la lignée mâle de la famille de Durban s'éteint. Elle s'allie dès lors aux Mauléon, apparentée à celle des Jourdain-de-l'Isle, elle-même entrée, par mariage, dans la maison de Foix.
En 1642, le château de Durban passe, par le second mariage de la veuve du dernier des Mauléon, au vicomte de Rabat. L'inventaire de la même année constate que, si le château n'était pas démoli, il était au moins dans un état de grand délabrement.
Après l'extinction de la famille de Rabat, le château fut acquis, à la fin du XVIIIème siecle, par la famille de Bellissen qui le possédait encore récemment (48).
au temps féodaux, les Bellissen étaient co-seigneurs du château de Mirepoix. Ils comptaient dans leurs rangs un adepte de l'hérésie cathare, dont on retrouve la trace en Lombardie, où il s'était réfugié. Apparenté à Pierre-Roger de Mirepoix, capitaine de la citadelle de Montségur, le château de Durban retrouvait, en quelque sorte, ses premiers seigneurs.
Les seigneurs de Durban ont contribué à la gloire du comté de Foix et à celle de la France qui naîtra, à la suite de la Croisade, de l'alliance du vaste domaine toulousain aux terres royales.
Les chants des troubadours se sont substitués à l'épopée guerrière. Le site sauvage s'est entouré de mystère? De là sont nées des légendes qui se content encore : celle des Saeeasines hante toujours le rocher.
Anne PALES-GOBILLIARD
Maître de Conférences à l'École Pratique des Hautes Études (Vème section).
Les sources (48) sont disponibles.
HISTORIQUE
DU CHÂTEAU